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 Les cocottes, prostituées du Second Empire Sujet suivant
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Opaline
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MessagePosté le: Dim 23 Sep 2018, 17:20 Répondre en citantRevenir en haut


Nana (1877), huile sur toile d’Édouard Manet représentant une cocotte parisienne.
Cette oeuvre aurait été intitulée « Nana » a posteriori, suite à la parution du roman
éponyme d’Émile Zola en 1880, qui raconte le parcours d’une cocotte sou


C’est dans le faste et la démesure que le Second Empire, période marquée par un développement économique, industriel et financier sans précédent, a vu la haute-bourgeoisie fortunée et les élites émerger. Parmi les figures de cette époque qualifiée d’immense « fête impériale », on peut découvrir les Cocottes. Ces intrépides jeunes femmes, dont la beauté a fait tourner les têtes et vidé les porte-monnaies, sont un exemple éloquent de l’extravagance dont s’emparent les esprits de l’époque

À la fois prostituées de luxe et courtisanes, les Cocottes ont émergé durant les deux décennies du Second Empire et accru leur rayonnement jusqu’au tournant du XXe siècle. Ces aventurières de la séduction, entretenues par de riches et influents Parisiens, représentent le haut du panier de la prostitution, à une époque où le plus vieux métier du monde vit son âge d’or. Par leurs charmes, elles ont séduit les grandes têtes couronnées, les hommes politiques ou d’affaires, mais aussi les grands artistes de leur temps, comme Alexandre Dumas fils ou Édouard Manet.


Photographie peinte de Virginia de Castiglione, réalisée par son acolyte de toujours,
le photographe Pierre-Louis Pierso, vers 1860.


Pour parvenir à se faire un nom et attirer tous les regard, ces femmes de bonne compagnie ne renoncent pourtant à aucun excès : aussi élégantes qu’extravagantes, elles se parent des plus beaux bijoux et des plus délicates tenues, s’entourent des personnalités du haut-monde et se présentent dans les lieux les plus prisés de Paris, devenue capitale de tous les plaisirs. Les champs de course, les théâtres et les prestigieux restaurants sont leurs terrains de chasse favoris. La séduction tarifée et le luxe ostentatoire deviennent un art de vivre qui rapporte argent et succès.

Les premières idoles de l’époque moderne

Cocottes, Demi-mondaines, Grandes Horizontales, Lionnes, Biches… Les courtisanes de la seconde moitié du XIXe siècle ont connu bien des noms, mais une chose est sûre : leur influence sur la société française a été telle que certaines de ces femmes suscitent encore aujourd’hui fascination et respect. C’est le cas de la belle Otero, cette jeune danseuse espagnole qui a séduit une multitude de rois, princes et héritiers européens après avoir commencé sa carrière dans les music-halls parisiens. C’est également le cas d’Émilienne d’Alençon qui, après avoir été élevée au couvent, a quitté son mari pour s’adonner aux plaisirs charnels aux côtés d’hommes riches et célèbres, parmi lesquels figurent le roi Léopold II de Belgique.


Cora Pearl, l’une des demi-mondaines les plus réputées.
Portrait d’André Adolphe Eugène Disdéri, 1860


Nombreuses sont celles qui sont parvenues à se faire un nom en dehors de cette simple qualification de « courtisanes » : Viriginia de Castiglione a marqué l’histoire de la photographie en engageant une démarche artistique nouvelle dans la manière de faire des portraits, Valtesse de la Bigne était reconnue comme une grande collectionneuse d’art. Mais la plus connue restera sans doute Sarah Bernhardt dont les talents de tragédienne ont occulté ses débuts en tant que femme du demi-monde.
Bon à savoir : oui, l’expression « cocotter » ou « sentir la cocotte » est bien une allusion aux parfums portés par ces demi-mondaines !


Rolla ou le suicide pour une courtisane
Henri GERVEX (1852 - 1929)
© Photo RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / A. Danvers




L’alibi littéraire

En 1878, le peintre Henri Gervex, ancien médailliste du Salon, voit son œuvre Rolla brutalement retirée de l’exposition par l’administration des Beaux-Arts un mois avant la manifestation. Henri Gervex est pourtant un peintre qui jouit d’une certaine renommée et normalement dispensé de subir le verdict du jury.

Il s’est inspiré, pour peindre sa toile, d’un poème composé par Alfred de Musset en 1833 : celui de l’histoire tragique d’un jeune bourgeois, Jacques Rolla, épris de Marion, une prostituée issue de la misère. L’homme, ruiné, pense en finir et contemple la femme avec laquelle il vient de passer la nuit :

Rolla considérait d’un œil mélancolique
La belle Marion dormant dans son grand lit ;
Je ne sais quoi d’horrible et presque diabolique
Le faisait jusqu’aux os frissonner malgré lui.
Marion coûtait cher. – Pour lui payer sa nuit
Il avait dépensé sa dernière pistole.
Ses amis le savaient. Lui-même, en arrivant,
Il s’était pris la main et donné sa parole
Que
personne, au grand jour, ne le verrait vivant.
[...]
Quand Rolla sur les toits vit le soleil paraître,
Il alla s’appuyer au bord de la fenêtre.
De pesants chariots commençaient à rouler.
Il courba son front pâle, et resta sans parler.[/i]

La chambre à coucher d’une horizontale

Pour illustrer le poème d’Alfred de Musset, Henri Gervex situe la scène dans une chambre à coucher élégante au parfum capiteux, décorée d’étoffes et de mobilier luxueux. Le peintre présente un homme au bord d’une fenêtre ouverte, le regard plongé sur une jeune femme nue étendue dans son lit, un sujet considéré comme sulfureux, hautement immoral.

Si le nu féminin, au centre du tableau, est d’une facture parfaitement lisse et d’un blanc de porcelaine conforme aux nus académiques du XIXe siècle, c’est le cadre dans lequel l’artiste a situé son modèle qui choque. Nous ne sommes plus dans le contexte mythologique prétexte aux nus de l’époque, et c’est notamment le morceau de peinture situé dans l’angle droit du tableau qui fait scandale : on y découvre une nature morte composée d’un jupon, d’une jarretière et d’un corset, ainsi qu’un escarpin rouge manifestement jeté à la hâte un peu plus loin. La disposition désordonnée de l’ensemble suggère que la jeune femme s’est déshabillée très rapidement. C’est le peintre Edgar Degas qui aurait soufflé à son ami Henri Gervex la représentation de ce corset dégrafé, un détail fortement érotique, pour expliciter la scène et souligner le fait qu’il s’agit bien d’une fille de joie endormie après avoir reçu un client. La canne qui ressort ostensiblement des sous-vêtements apparaît d’ailleurs comme une métaphore de l’acte sexuel. Le rang social du client est évoqué à travers le chapeau haut-de-forme, et l’amour vénal est aussi rappelé par la table de nuit sur laquelle pendent des bijoux, un bracelet et un collier de perles. On se situe manifestement dans les hautes sphères de la courtisanerie.

L’effet de contraste entre le jeune homme désespéré et la jeune fille voluptueusement abandonnée dans son sommeil est saisissant. L’homme est, d’après le poème, sur le point de se suicider ; il avalera finalement du poison.

Du point de vue du style, Henri Gervex affirme sa qualité de peintre académique formé chez le peintre Alexandre Cabanel, tout en marquant son attraction pour la nouvelle peinture moderne. La toile est ainsi baignée d’une lumière claire issue d’une fenêtre ouverte sur un balcon en fer forgé, offrant une vue sur un paysage urbain d’immeubles flous propres au nouveau courant impressionniste.

Le thème du suicide chez les courtisanes

Dans cette toile, Henri Gervex livre aux spectateurs une version moderne du drame d’Alfred de Musset, éloigné du romantisme originel qui plaçait les deux héros, la prostituée et le débauché, sur un même plan, unis dans une destinée tragique identique. Il rend compte d’une réalité scandaleuse de plus en plus dénoncée à la fin du XIXe siècle, celle du jeune homme riche éperdument amoureux, acculé à la ruine puis au suicide par sa maîtresse, une courtisane cupide et insatiable.

Le tableau est, du reste, probablement inspiré des amours entre Henri Gervex et la grande courtisane Valtesse de Bigne. Le thème est alors très à la mode et fait l’objet d’une certaine fascination, dans une époque paradoxale qui oscille entre une certaine poussée pornographique et une réaction vigoureuse des ligues de moralité nécessaire à crédibilité de la Troisième République. On avait d’ailleurs accusé en 1872 la célèbre horizontale du Second Empire, Cora Pearl, d’avoir conduit le jeune Alexandre Duval à vouloir en finir. L’affaire avait défrayé la chronique, et Cora Pearl avait été immédiatement expulsée du pays.

Malgré son exclusion du Salon des beaux-arts pour indécence, l’œuvre d’Henri Gervex est exposée trois mois chez le galeriste Bague au 41, boulevard des Capucines et connaît un grand succès. Le tableau suscite en effet la plus grande curiosité et la foule se presse ; l’artiste se remémore, dans ses Entretiens parus en 1924, « un défilé ininterrompu de visites ».


Sources :
Paris Zig-Zag
L'Histoire par l'image
Alfred de Musset - Rolla - Poésies nouvelles (1836-1852), Charpentier, 1857 (p. 1-27).


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marya
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MessagePosté le: Dim 23 Sep 2018, 17:31 Répondre en citantRevenir en haut

Triste histoire

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MessagePosté le: Dim 23 Sep 2018, 20:11 Répondre en citantRevenir en haut

Certaines ont eu des fins de vie tragiques

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MessagePosté le: Dim 23 Sep 2018, 21:18 Répondre en citantRevenir en haut

Rien à voir avec les cocottes minutes de nos jours ! avec ces créatures ça peut durer le temps qu'il faut !
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Opaline
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MessagePosté le: Dim 23 Sep 2018, 23:11 Répondre en citantRevenir en haut


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Franz57
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MessagePosté le: Ven 28 Sep 2018, 07:43 Répondre en citantRevenir en haut

Aujourd'hui on les appelle "Escort Girls"......, enfin je crois!
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